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Claude de Lorraine

premier duc de Guise

Fils cadet du duc René II de Lorraine, Claude est né au château de Condé, sur les bords de la Moselle. Il fut élevé comme son frère Antoine à la cour de France, où il fréquenta, dès son plus jeune âge, le futur François 1er.

En 1509, à la mort de son père et selon sa volonté, il hérita des possessions françaises du duc de Lorraine, un ensemble hétérogène de terres éclatées entre l'est, le nord et l'ouest du royaume. Il prit le titre de comte de Guise et marqua sa préférence pour la terre de Joinville, située stratégiquement en Champagne, aux frontières de la Lorraine et du Barrois, non loin de la Bourgogne. Il dut cependant attendre 1519, que sa mère, Philippe de Gueldres, renoncät à son douaire et se retirät dans un couvent à Pont-à-Mousson, pour s 'établir à Joinville et en faire sa " capitale ". En faisant ce choix, il complaisait à sa femme, Antoinette de Bourbon, qu'il avait épousé en grande pompe en 1513, au palais royal de Tournelles, à Paris.

Dès l'accession de François 1er au trône de France, Claude de Lorraine est appelé comme conseiller auprès du nouveau roi, qui l'emmène avec lui, lors de sa première campagne d'Italie. A Marignan, où il est laissé pour presque mort sur le champ de bataille, Claude a manifesté de remarquables qualités de bravoure et de dévouement à son roi. Appelé à remplacer de duc de Gueldres à la tête des lansquenets, le jeune prince lorrain révèle une remarquable aptitude au commandement, qui lui ouvre une exceptionnelle carrière militaire. Les nécessités de défendre les frontières à l'est et au nord du royaume de France l'empêchent de participer aux nouvelles guerres d'Italie, et par tant, d'être entraîné dans le désastre de Pavie (1525).

Tandis que son roi est prisonnier en Espagne, Claude se rapproche du clan familial pour défendre la Lorraine, et secondairement la Champagne, des poussées des bandes luthériennes qui ont déjà dévasté l'Alsace. Il partage la victoire de Saverne et assoit ainsi une renommée qui lie ses exploits guerriers à la défense de la religion catholique contre les premiers développements du protestantisme.

Dans les années qui suivent, tandis que Charles Quint, se révèle l'ennemi implacable de François 1er, Claude de Lorraine se rend indispensable sur tous les fronts : contre les Impériaux et les Anglais, au nord et à l'est de Paris. Plusieurs fois il sauve la capitale des assauts ennemis et conquiert la réputation, dans le peuple parisien, d'un défenseur providentiel .

Ces succès militaires, ajoutés aux services politiques apportés au roi de France, lui valent rapidement honneurs et titres exceptionnels : Grand Veneur de France , gouverneur de Champagne puis de Bourgogne, et surtout duc et pair (en 1527). Cette dernière promotion réveille de solides jalousies, notamment des princes du sang qui manifestent leur mécontentement devant de tels privilèges apportés si promptement à un seigneur d'origine étrangère. Tandis qu'il poursuit sa carrière militaire et forme au métier de capitaine son fils aîné, François, il s'attache, avec sa femme Antoinette de Bourbon à s'assurer des alliances avec les familles les plus considérables d'Europe. Mettant en avant une généalogie aussi glorieuse que douteuse qui, remontant à Godefroy de Bouillon, le rattache aux rois de Jérusalem, de Naples et de Sicile, il réussit à marier son fils à Anne d'Este, la petite fille de Lucrère Borgia. Cependant son frère Jean dont il se sent très proche, fait une carrière tout aussi brillante dans l'Eglise. Archevêque de Reims, diplomate hors pair, le cardinal de Lorraine ambitionne le trône papal, échouant de peu à l'élection romaine.

Le poids politique du premier duc de Guise est à son apogée. Mais, dans les années 40 Claude appartient à une génération déclinante. François 1er, malade, est lui-même un peu agacé par les ambitions claniques des Guises, dont il a pourtant assuré lui-même l'ascension. Le duc décide de se retirer sur ses terres, aux côtés de sa femme qui, dans les faits en a assuré la gestion pendant ses nombreuses absences. Désireux d'imiter la politique mécénale du roi de France à Fontainebleau, Claude se fait construire un tout nouveau jardin à l'italienne, son " grand jardin " situé au bord de la Marne, en contrebas de l'énorme château féodal de Joinville. Il le dote d'un élégant pavillon, dans le style de ceux que dessine alors l'architecte italien Serlio. En 1546, malgré les pillages et destructions opérées par les armées de Charles Quint deux ans plus tôt, Claude accueille à Joinville pour la cinquième fois François 1er et la cour de France. Le duc de Guise ne survivra que trois ans à son roi, mort en 1547. Le clan familial, allié depuis plusieurs années à Diane de Poitiers, sera en très bonne position pour négocier les plus hautes charges à la cour du nouveau roi, Henri II. Mais c'est déjà trop tard pour Claude. Il meurt à Joinville en 1550, après plusieurs semaines d'agonie. Son enterrement donne lieu à de grandioses cérémonies, qui visent à installer la nouvelle dynastie dans le gotha des grandes familles princières européennes. Son femme Antoinette lui survivra 33 ans.

François, leur fils, 2e duc de Guise, deviendra l'un des plus grands capitaines de son temps et, à cause de ses engagements en faveur du parti catholique, mourra assassiné devant Orléans. Henri, fils aîné de François, 3e duc de Guise, chef de la Ligue et favori des Parisiens, mourra aussi assassiné, au château de Blois, par les sbires d'Henri III, qui soupçonnait le petit fils de Claude de s'emparer du trône de France.

Chronologie